Entrevue David Kessous (LG2) - Design
Qu’est-ce que ça représente, le concours Idéa, pour votre industrie?
Idéa est un moment où l’on célèbre ce que notre industrie a de plus précieux : la créativité qui éclaire, qui rassemble et qui fait avancer notre métier. C’est l’occasion de mettre en lumière les projets qui élèvent nos standards, redéfinissent nos ambitions et témoignent de la vitalité créative du Québec. Idéa inspire, fédère et nous rappelle la raison d'être de notre profession : créer des idées qui ont du sens, de la portée et le pouvoir de transformer.
Quelle vision souhaitez vous insuffler à votre jury cette année?
Je souhaite insuffler une vision qui valorise un design à la fois stratégique, inspiré et réellement transformateur. Un design qui saisit tout le contexte, qui repose sur une idée forte et qui génère un impact tangible. L’objectif est que le jury reconnaisse et célèbre les projets qui allient profondeur, beauté, pertinence et pouvoir d’influence. Ce sont ces projets qui élèvent véritablement notre discipline.
Quelles tendances émergentes observez-vous actuellement dans votre discipline et qui, selon vous, façonneront concrètement l’édition 2026 d’Idéa?
On assiste à un basculement important. Pendant longtemps, notre industrie a célébré l'esthétisme pur, le craft visuel. Pour 2026, la tendance de fond est le retour du récit (storytelling). On voit de plus en plus de projets où l'identité n'est pas juste une belle coquille, mais l'expression d'un véritable système de narration. Les marques ne cherchent plus seulement à être vues, elles cherchent à être lues et comprises instantanément. On dépasse la simple recherche esthétique pour aller vers la clarté stratégique. Concrètement, les projets qui se démarqueront seront ceux qui réussiront la fusion parfaite entre stratégie d'affaires et audace créative. Le design redevient un moteur de transformation, et non plus un simple outil de communication.
Y a-t-il des signaux faibles ou des approches encore marginales que vous voyez gagner du terrain et qui pourraient surprendre le jury cette année?
Absolument. Je surveille deux mouvements qui pourraient redéfinir l'excellence cette année. D'abord, la démocratisation de l'approche « haute couture ». La frontière historique entre le design de niche et le design commercial s'efface. Je m'attends à ce que des marques grand public surprennent le jury en s'appropriant les codes du luxe et un raffinement artisanal irréprochable afin de toucher la masse. Ensuite, la surprise viendra de l'invisible : l'identité sonore. Le mouvement et l'animation étant désormais des acquis, l'audio devient le nouveau territoire de différenciation. Dans une ère de saturation visuelle, une architecture sonore rigoureuse est souvent le levier émotionnel le plus puissant et le plus sous-estimé afin d’ancrer une marque durablement.
Cette édition met un accent particulier sur une participation plus inclusive. Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour vous?
Concrètement, cela signifie démocratiser l'accès à l'excellence. Une participation inclusive, c'est s'assurer que notre concours est un véritable miroir de la société, et non un vase clos.
Pour moi, cela veut dire accueillir et juger avec la même rigueur les grands mandats corporatifs et les initiatives citoyennes ou émergentes. C’est reconnaître que l'intelligence stratégique et la force d'une idée ne dépendent pas de la taille du budget. Une participation inclusive permet de révéler des talents et des perspectives qui, autrement, resteraient dans l'angle mort de notre industrie.
Comment, selon vous, un jury peut favoriser des perspectives plus diverses et plus représentatives?
Ça commence par une posture d'écoute sincère et une lutte contre nos propres biais. Pour favoriser la diversité, je vais encourager le jury à se concentrer sur le contexte et la justesse de chaque projet. Un design peut sembler atypique à nos yeux d'experts, mais être parfaitement pertinent pour la communauté ou la culture à laquelle il s'adresse. Mon rôle sera de créer un climat de débat sain, où chaque juré se sent libre de défendre une vision différente. C'est dans la friction des points de vue que l'on distingue le bon design du design transformateur.
Pourquoi Idéa demeure-t-il important même pour les agences qui ne participent pas souvent?
Parce que Idéa agit comme une boussole pour notre profession. Au-delà des trophées, c'est un baromètre annuel qui indique où se dirige l'intelligence créative au Québec. Pour une agence, qu'elle soumette ou non, c'est essentiel de rester connectée à ce standard d'excellence. Idéa permet de voir comment les défis d'affaires actuels sont résolus par le design. C'est une source d'inspiration et d'apprentissage qui permet de valider sa propre pertinence.
Selon vous, qu’est-ce qu’une agence peut gagner en se lançant dans le concours, même sans “gros portfolio” ou sans historique de participation?
Elle a tout à gagner, car la créativité n'est pas proportionnelle à la taille de l'agence. Idéa est l'une des rares tribunes où un projet unique, réalisé avec peu de moyens mais une immense justesse, peut éclipser des campagnes nationales. Se lancer, c'est envoyer un signal fort d'ambition. C'est l'opportunité de créer un "coup d'éclat" qui accélère la notoriété et attire les talents. Il suffit souvent d'un seul projet audacieux pour changer la trajectoire d'une agence.
Selon vous, quels signes d’excellence en design devraient devenir non négociables en 2026, autant dans le branding que dans les identités visuelles?
Pour 2026, l'excellence ne se mesure plus à la simple beauté d'un logo. Le non-négociable, c'est la cohérence narrative. Une identité visuelle ne peut plus être une simple boîte à outils graphique; elle doit porter un récit. Chaque élément du système, de la typographie à l'image, doit raconter le même chapitre de l'histoire et ce, avec la même force. L'autre impératif est la clarté du propos. Dans le bruit ambiant actuel, si le design ne clarifie pas l'intention de la marque instantanément, il échoue. La rigueur technique ne suffit plus, elle doit être au service du sens.
Et de manière plus générale, qu’espérez vous voir émerger des projets cette année?
J'espère voir émerger de la vraie personnalité. Notre industrie a parfois le défaut de vouloir suivre la parade, et tout finit par se ressembler. J'espère donc découvrir des marques qui ont l'audace d'être elles-mêmes, qui boudent les tendances éphémères pour bâtir une empreinte durable. Plus largement, je souhaite voir des projets qui prouvent que le design est un levier d'affaires sérieux. J'espère qu'on récompensera des projets qui vont au-delà du "beau" pour jouer un vrai rôle de transformation auprès des organisations. C'est là que notre métier prend tout son sens.