Entrenue Sann Sava (Nosolo) - Création publicitaire
Qu’est-ce que ça représente, le concours Idéa, pour votre industrie?
Pour moi, Idéa, c’est beaucoup plus qu’un concours. C’est un miroir de notre industrie : ce qui nous inspire et ce qu’on valorise. C’est aussi le moment de l’année où l’on documente notre culture créative, notre audace, mais aussi nos angles morts. Une catégorie peut être exceptionnelle une année, puis plus fragile la suivante, et c’est justement ce qui rend Idéa si intéressant. C’est notre bilan annuel qui vient enrichir et préserver l’histoire de la publicité québécoise.
Dans la création publicitaire, qu’est-ce qui fait qu’une idée passe du « bon » au « remarquable » dans cette édition de 2026? Quels critères souhaitez vous particulièrement voir vos juré.es valoriser cette année?
Une idée remarquable, ce n’est pas juste une bonne exécution. C’est une idée juste : juste pour la marque, juste pour le contexte et juste pour les gens à qui elle s’adresse.
Cette année, j’aimerais qu’on juge chaque idée dans la catégorie où elle est soumise, sans se laisser influencer par l’ampleur globale d’une campagne. Certaines campagnes se retrouvent dans plusieurs catégories, et c’est normal. Notre responsabilité comme jury, c’est de se demander : est-ce que cette exécution est réellement la meilleure dans cette catégorie précise? Ça va nous permettre de laisser de la place à des campagnes de plus petite envergure.
Quand on fait des soumissions, c’est parfois un casse-tête de choisir la ou les catégories, surtout avec un budget restreint. J’aimerais nous laisser la liberté de changer certaines pièces de catégories, si ça peut leur mériter un prix.
En 2026, j’aimerais que le jury valorise particulièrement :
- la clarté de l’intention (on comprend pourquoi cette idée existe ici),
- le courage créatif (prendre position, faire des choix),
- le choix de la catégorie (est-ce vraiment pertinent dans cette catégorie),
- et l’impact réel, émotionnel ou culturel.
Une grande idée, ce n’est pas forcément celle qui crie le plus fort. C’est celle qui reste. Est-ce qu’on va s’en souvenir dans deux ans ?
Cette édition met un accent particulier sur une participation plus inclusive. Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour vous?
C’est une orientation dont je suis très fière. Dans le contexte actuel, notamment avec ce qui se passe chez nos voisins américains, le fait d’élire une femme issue de l’immigration comme présidente est, à mes yeux, un signal fort de l’ouverture québécoise.
Même après avoir siégé à de nombreux jurys nationaux et internationaux, je ne pensais pas pouvoir briser le deuxième plafond de verre ici, au Québec. Quand j’ai appris la nouvelle, j’ai eu les yeux pleins d’eau. Quel privilège!
Quand j’y repense, je suis arrivée ici en 2008, avec un portfolio papier, un accent un peu étrange et aucun contact. L’une de mes premières entrevues était chez Ogilvy. Je me suis retrouvée sur la rue Sainte-Catherine, dans un grand magasin de vêtements, à demander à tout le monde où se trouvait le bureau du directeur de création… disons que ce n’était pas gagné.
J’ai mis plusieurs semaines à constituer ce jury. Bien sûr, l’équité de genre était essentielle, mais je voulais aussi une diversité d’origines, de culture, de langues, de parcours et de personnalités. J’ai également veillé à réunir des talents issus d’agences de tailles et de styles différents, ainsi qu’un équilibre entre des profils de directeurs artistiques et de concepteurs-rédacteurs. Tous les jurés ont une grande expérience, une solide culture publicitaire et des opinions franches. Selon moi, leurs points communs, comme leurs différences, permettront d’élever la qualité des échanges et, au final, des décisions.
Pourquoi Idéa demeure-t-il important même pour les agences qui ne participent pas souvent? Selon vous, qu’est-ce qu’une agence peut gagner en se lançant dans le concours, même sans “gros portfolio” ou sans historique de participation?
Parce qu’Idéa ne doit pas être réservé aux “habitués des podiums”. Participer, c’est d’abord une façon de se situer dans l’industrie, de tester la force de ses idées et de progresser.
Dans ma carrière, j’ai rencontré beaucoup de clients qui, à la base, n’étaient absolument pas intéressés aux concours, mais tous, sans exception, ont été super fiers de recevoir une récompense et très heureux d’en découvrir les effets positifs. On parle souvent des bénéfices des prix pour les agences et les créatifs, mais c’est tout aussi important pour la progression de carrière de nos clients.
Un prix, ça contribue au rayonnement d’une entreprise, mais ça contribue tout autant au rayonnement de la marque personnelle de chaque individu qui y contribue. C’est la preuve qu’on sait ce qu’on fait.
D’ailleurs, ce qui est génial, c’est qu’on n’a pas besoin d’un gros budget ou d’un historique de prix pour avoir une grande idée et faire une création qui mérite d’être primée.
Ce que les gens ignorent parfois, c’est que les projets sont évalués sans crédit. En tant que juge, on ne connaît pas d’office l’agence qui est derrière l’idée soumise, ni les créatifs impliqués. De plus, souvent les clients ont plusieurs agences, ce qui laisse à toutes les structures l’occasion de briller.
Pour assurer l’impartialité, lorsqu’une idée provient de l’agence d’un·e juge, cette personne n’a pas droit à la parole durant les discussions. Durant les délibérations du One Show ou des Marketing Awards, le juge qui a une pièce qui est discutée doit sortir de la salle. C’est une bonne pratique selon moi. Ça évite les langues de bois, les malaises et les discours complaisants.
Qu’espérez vous voir émerger des projets cette année?
De la surprise. Et, idéalement, un peu de jalousie.
J’aimerais voir des idées qui nous étonnent, qui marquent notre imaginaire, et qui nous donnent envie de nous dire : « My god, c’est brillant… comment ça se fait que je n’y aie pas pensé? »
Je rêve qu’on soit extrêmement fiers de cette cuvée 2025, et que ces idées deviennent des références pour toute l’industrie. Des points d’ancrage pour créer encore mieux par la suite.
Parce que oui, je crois profondément qu’il y a toujours place à l’amélioration.